Y a-t-il du dopage dans le trail? Et faut-il plus des contrôles anti-dopage?

Au vu des récentes affaires de corruption et de dopage en athlétisme, on peut raisonnablement se poser la question de sa prévalence dans le trail. Et poser la question: est-ce une bonne idée de faire plus de contrôles?

Au vu des récentes affaires de corruption et de dopage qui ont été mises à jour dans l’athlétisme international, on ne peut qu’en conclure que le dopage n’est pas en passe de disparaître. Pour le trail en particulier, au vu de la popularité croissante du sport, et des contrôles plutôt rares, on peut raisonnablement se poser la question de sa prévalence. La récente incursion de Lance Armstrong dans notre sport a aussi fait pas mal tapoter les claviers.

Le dopage, ca existe et ça marche

D’ailleurs, lors de la Bouillonnante 104km d’avril dernier, je me suis retrouvé en début de course à courir juste derrière deux coureurs qui discutaient paisiblement des produits qu’ils avaient pris avant la course, pour l’un des anti-inflammatoires. (C’est vrai, pour ma part, j’avais pris un café, ce qui pourrait être considéré comme un produit dopant, mais bon…). Cela m’avait fait penser au dopage dans le trail, ce qui avait utilement occuper mon esprit durant une quinzaine de minutes.

En 2010, une chercheuse française avait interrogé une partie des participants à l’UTMB, et 12% avaient déclaré prendre des anti-inflammatoires pendant la course, et 0,5% des corticoïdes (qui sont des produits dopants interdits). Même si les anti-inflammatoires sont apparemment autorisés, il est bien clair dans la tête de ceux qui les prennent que cela va les aider dans leur course. Il y a donc clairement un objectif d’améliorer sa performance par la prise d’un médicament: l'esprit du dopage y est bien.

L’émission Stade 2 a récemment permis à des sportifs amateurs de se doper (EPO et hormones de croissance), dont un ultra traileur, Guillaume Antonietti. Résultat: une “caisse d’enfer”,  des résultats impossibles à répliquer sans dopage, et pas de détection aux différents contrôles qu’il a subi. Il faut dire que les médecins qui encadraient l’expérience essayait précisément de programmer des doses pour rester en-dessous de seuils (comme on peut supposer que font les pros).

Plus ou moins de dopage dans le trail par rapport aux autres sports?

Clairement l’intérêt de se doper dans un sport dépend de

1)   l’avantage compétitif que l’on obtient,

2)   du coût ou de la facilité avec laquelle on peut se procurer et s’administrer les produits dopants,

3)   de la probabilité d’être pris la main dans le sac et des conséquences possibles,

4)   et de l’intérêt qu’il y a à améliorer sa performance et son classement.

Pour le premier point, il est clair que le trail, sport principalement d’endurance, où la technique n’est pas très importante (contrairement au golf ou au skate-board par exemple), est un sport où se doper peut aider de manière substantielle à la performance, en particulier avec des produits comme l’EPO. Il suffit de regarder ce qui s’est passé dans d’autres sports d’endurance comme le cyclisme et la natation.  Sur des ultras, on peut également supposer que des produits qui empêchent de ressentir le sommeil, ou des anti-inflammatoires ou des anti-douleurs qui bloquent la douleur, peuvent améliorer les performances.

Je n’ai aucune idée de la facilité avec laquelle on peut se procurer de l’EPO, mais j’imagine que ce n’est pas si évident. Par contre, it est très facile de mettre la main sur des anti-inflammatoires ou des anti-douleurs.

Comme dit plus haut, les contrôles anti-dopages sont très peu pratiqués en Belgique, un peu plus en France. Néanmoins, il est bien connu que les contrôles exclusifs en fin de course ne permettent d’attraper que ceux qui sont particulièrement peu prudents.  Il y a déjà bien eu quelques cas de traileurs détectés lors de ces dernières années, en particulier en 2015 sur le Trail des Anlgais à la Réunion.  Mais comme des études récentes l’ont montré, le dopage améliore les performances même à long terme, bien après que les traces du dopage soient encore décelables.

Pour le dernier point, il n’y a pas (encore?) beaucoup d’argent dans notre discipline. Certes, il y a de plus en plus de teams sponsorisés, mais seuls quelques athlètes au niveau mondial peuvent en vivre. Mais avec ce nombre croissant, il est clair que de plus en plus de coureurs vont se retrouver dans la situation de “presque très connu”, et pourraient être tentés par le dopage pour parvenir à signer avec quelques grosses marques.

Les traileurs ne sont pas des sportifs comme les autres

Malgré tout, l’esprit général des courses, surtout sur les ultras, est que la plupart des participants courrent plutôt contre eux-même que contre les autres. Il est quand même assez atypique dans le sport moderne, de voir régulièrement des compétiteurs, dans les courses les plus relevées de leur discipline, décider de terminer main de la main (comme les espagnols Tofol Castanyer et Iker Karrera à l’UTMB en 2014, ou Dave Lanney qui s’arrête pour aider Seth Swanson à se relever après une chute à la fin de l’UTMB 2015, alors qu’ils ne sont qu’à deux minutes du deuxième Luis Hernando, ou encore Fernanda Maciel et Aliza Lapierre qui finissent ensemble pour la deuxième place à l’UTMF 2015).

Clairement l’intérêt financier à se doper est beaucoup moins élevé que dans d’autres sports d’endurance, comme le marathon ou le cyclisme.

Un autre aspect est l’âge des traileurs, qui est plus élevé que dans les autres sports. Beaucoup de pratiquants ont 30 et plus, et on peut supposer qu’à cet âge, les rêves d’adolescents de devenir le prochain maître du monde, célèbre et riche (comme on peut imaginer le jeune prometteur de 15 ans en foot ou en tennis) n’est plus d’actualité. Les traileurs, même au très haut niveau, sont plus posés, ont déjà une carrière derrière eux (et en cours), sont souvent mères ou pères de famille, et ont donc une approche fort différente de la compétition, probablement plus sage et réaliste.

D’un autre côté, cet âge pourrait jouer dans l’autre sens: les traileurs ont sans doute plus de moyens financiers et de connaissances professionnelles qu’un jeune de 18-20 ans. Il leur est donc sans doute plus facile de se procurer des produits dopants (autour d’un verre avec son pote pharmacien). Et vu la souffrance endurée lors des ultras, et la flatterie évidente de l’ego qu’il y a à terminer un 100 miles, on peut supposer qu’il y a bien un dopage diffus et de basse intensité assez répandu.

Plus de contrôles?

Pour conclure, faudrait-il augmenter le nombre de contrôles anti-dopage dans le trail? Il faut bien garder à l’esprit que répondre oui à cette question impliquerait

1)   l’institutionalisation du trail, que ce soit comme une discipline de l’athlétisme, ou comme discipline à part entière avec une fédération séparée,

2)   et donc une règlementation beaucoup plus forte. En tant que belge vivant en Italie et ayant couru quelques courses en France, je suis toujours dépité de devoir sortir un certificat médical pour m’inscrire à une course. En pratique, je téléphone à mon frère ou je vais chez un médecin qui ne me connait pas et qui me fait faire 10 flexions avant de m’ausculter et de prendre ma tension. On se demande à quoi cela peut bien servir à part donner du boulot inintéressant aux médecins. Je préfère l’approche belge plus relax.

3)   une augmentation du coût de la pratique du sport. Les contrôles anti-dopages efficaces (passeports biometriques, controles généralisés et inopinés) ont un coût enorme, qui serait répercuté d’une manière ou d’une autre sur les participants (droit d’entrée à une course, cotisation à une fédération ou surcoût sur les produits de marque qui sponsorisent la discipline).

Tout ceci nuirait clairement à la pratique du trail comme “droit à se tirer la bourre dans la forêt ou la montagne entre personnes consentantes et bien intentionnées, après un bon plat de pâtes et avant une bonne bière”.

A mon sens l’absence de généralisation des contrôles anti-dopage est une condition nécessaire pour garder le trail comme il est pour le moment: dur, esthétique, naturel et convivial. Et tant pis pour ceux qui se dopent, et qui devront vivrent avec leur conscience, de même que ceux qui se feront battre par des dopés, et qui ne devraient probablement pas regarder leur classement de si près (ils feraient mieux de regarder leur score betrail ;-). N’enfermons pas le trail dans des cadres et des définitions trop précises, et dont le respect devrait absolument être contrôlé!