Un traileur belge au Maroc

Depuis mon arrivée au Maroc il y a 6 mois, j’attendais ce moment avec impatience... Il faut dire que l’offre de trails est nettement moins abondante ici que dans des pays comme la France ou la Belgique, où il y a facilement une dizaine de trails par mois ; ici c’est le même nombre sur une année, avec une forte concentration en septembre et octobre puis de mars à mai. Et souvent à 4 ou 5 heures de route de la plaine de Rabat et Casablanca qui concentre une bonne partie de la population mais qui n’est pas la plus excitante pour un trail. Il y a nettement plus de courses « classiques », marathons, semi-marathons et courtes distances ; ou alors des raids de plusieurs jours taillés sur mesure pour une clientèle internationale.
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Le 18 février était donc souligné dans mon agenda avec la première course dont la date et le format me convenaient. Ce trail se déroulait dans la magnifique région du lac de Lalla-Takerkoust, à une trentaine de km au sud de Marrakech, au pied de l’Atlas dont les monts enneigés forment, avec le lac et les collines du désert d’Agafay, un décor de rêve pour courir. L’occasion aussi de prendre quelques jours de vacances en famille pour profiter de ces paysages exceptionnels. La première édition de ce trail, organisée par l’association « Trail Maroc », proposait trois distances : 7, 17 et 27km. Revenant d’une longue blessure au tibia, j’optais pour le 17km, avec un entrainement largement suffisant pour cette distance.

Près de 500 coureurs participaient, en majorité des Marocains ou des Européens établis au Maroc et en manque de trails (moi par exemple). La plupart (très) bien équipés, rien à envier aux collègues belges ! Plusieurs équipes d’entreprises participaient, notamment des hotels de la région, et quelques coureurs locaux ayant remporté des (semi-)marathons, ainsi que le préparateur physique de l’équipe olympique marocaine de marathon. Les organisateurs avaient tout mis en œuvre pour accueillir les participants sur une belle plaine au bord du lac. L’accent était mis sur l’écologie, avec notamment une vaste opération de nettoyage du parcours et de ses environs la semaine précédente.

Après avoir vu s’élancer les coureurs du 27km, soit tout le tour du lac, c’était à notre tour ! Excellente ambiance au départ, et c’était parti, sous un soleil de plomb et une chaleur bien présente malgré l’heure matinale. Début de parcours très « roulant », fléchage impeccable malgré la végétation rare, les premières côtes et descentes bien raides, et toujours ces monts enneigés donnant à la course une atmosphère totalement féérique. Après quelques km, déjà un premier ravitaillement, bien utile vu la nécessité de boire très régulièrement. Ca se corsait ensuite avec l’entrée dans les paysages de l’Agafay, désertiques voire par moment lunaires, faits de sols rocailleux et sablonneux où le pied s’enfonce bien, avec souvent des rochers ou des crevasses à enjamber.

Dans le peloton déjà bien étiolé, beaucoup de solidarité. Pour la plupart d’entre nous, à ce stade, inutile de chercher à maintenir un objectif de vitesse, il fallait avancer coûte que coûte, sans s’arrêter, mais sans trop s’épuiser non plus... Puis à nouveau un parcours plus vallonné mais toujours très caillouteux et dans des paysages désertiques exceptionnellement beaux. Et puis, peu après 10km, surgi de nulle part, un ravitaillement « solide », où je me ruais plein de gratitude sur les dattes, les amandes et autres fruits secs ou séchés. A propos des ravitaillements, mention spéciale aux organisateurs, car contrairement aux trails belges, à part dans la zone du départ, le parcours ne croisait aucune route, c’était totalement inaccessible si ce n’est en quad ou en moto.

Derniers tiers de parcours toujours dans le sable et les cailloux, belles côtes, puis les seuls 100m du parcours sur du bitume (ça c’est un vrai trail !). Et puis enfin, une belle descente jusqu’à l’arrivée. Pour ma part, c’était deux bonnes heures après le départ, soit le double du vainqueur, dont la moyenne (17km/h) sur un parcours aussi chaotique me laisse plein d’admiration. Sans parler des 18km/h du vainqueur des 27km !

A l’arrivée, les retrouvailles avec la famille, et une cloture dans les règles de l’art local, c’est à dire un bon tajine, des concert, et beaucoup de convivialité. Ensuite, retour à la maison, 4h de route avant de reprendre le boulot le lendemain, mais sans aucun regret, ça en valait largement la peine. Merci aux organisateurs et vivement l’an prochain !

La suite de la saison trail s’annonce riche, avec notamment en avril des trails à Ouarzazate, Amizmiz et Chefchaouen (UTMC, 42 ou 85km avec 3600D+). Et, à un horizon plus lointain, l’Ultra Trail Atlas Toubkal (UTAT) proposant plusieurs distances, jusqu’à 105km avec 6500D+. Malgré mon affection pour le plat pays qui est le mien, il faut avouer que toutes ces destinations trail valent réellement le détour, tant les paysages sont à couper le souffle. Mais contrairement à la Belgique, il faut être patient, prêt à faire des kilomètres en voiture, et se contenter de sa satisfaction personnelle comme indicateur de performance – en effet, pas encore de Betrail marocain ! Néanmoins, vu le nombre croissant de coureurs au Maroc, nul doute que l’offre de trails va encore s’étoffer et le secteur se structurer à l’avenir. Avis aux traileurs belges et européens avides de soleil et de parcours dépaysants !

Vidéos Trail Lalla Takerkoust :

-    https://www.facebook.com/teammarocpro/videos/877487649086640/
-    https://www.facebook.com/teammarocpro/videos/919012191600852/