Qu'est-ce que le trail?

On voit régulièrement des débats plus ou moins houleux sur le net à ce sujet. Voici une tentative de clarification du débat, et une précision sur la manière dont l'équipe betrail décide si une course est un trail...ou pas.
Trail runner in de woods - coureur dans les bois - loper in de bos

Pour un sujet aussi risqué, autant commencer par ce qui mettra tout le monde d’accord: le trail running, c’est de la course à pied. Ahaaa. Mais au-delà de ça? En vrac, j’ai déjà entendu hors-bitume, autonomie, convivialité, dénivellé, single-track, bière, souffrance, boue, paysage, esprit trail, technicité, entre-aide, peu ou pas de classement, contemplation (j’en oublie probablement). Le but du texte qui suit, plutôt que d’essayer de mettre tout le monde d’accord, est de tenter de démêler tout cela.

Commençons par le plus facile

Pour clarifier les idées essayons de ranger tout ça en quelques catégories. Commençons par les aspects géographiques (au sens du cours de géographie à l’école secondaire) qui sont au nombre de quatre. Il y a d’abord le terrain sur lequel on court. Le trail se pratique sur du terrain naturel sous les chaussures (à travers tout, sentiers, racines, rochers, pistes, sable, neige, boue, traversées de rivières,…). On limite au maximum le bitume et les pavés, mais aussi les pistes trop damées ou trop carrossables. Deuxième aspect: le trail se pratique au sein du milieu naturel (forêt, champs, littoral, montagne). Un trail, c’est esthétique, on voit de beaux paysages, on est immergé dans la nature. Ensuite, le trail se pratique sous n’importe quelles conditions climatiques ou météorologiques (nuit et jour, en altitude, températures très variées,  dans le vent et la pluie ou sous un soleil de plomb). Enfin, le trail ça monte et ça descend (si le terrain général est vallonné). Le parcours ne cherche pas à éviter les obstacles, au contraire. Mais si le terrain ne s’y prête pas, il peut très bien ne pas y avoir de dénivellé (l’Ultramarin par exemple).

Une deuxième grande catégorie concerne l’autonomie: les ravitaillements en liquide et nourriture sont espacés, il n’y a pas de secours immédiat en cas de pépin, ni de signaleurs à chaque carrefour pour indiquer le chemin, et les coureurs doivent donc emporter des vêtements et un équipement adaptés aux conditions.

L'esprit trail?

J’imagine que jusqu’ici quasiment tout le monde sera d’accord. La question principale à ce stade: cela suffit-il pour qu’une course soit un trail? Certains voudront y rajouter l’esprit trail, qui recouvrirait les points suivants en tout ou en partie:

  1. Le trail est non-commercial: les prize-money n’existent pas, l‘inscription est peu coûteuse, les sponsors inexistants.
  2. Les traileurs sont peu intéressés par la compétition, la performance, le chrono et le classement.
  3. Un trail c’est une course avec peu de participants.
  4. L’ambiance est conviviale pendant la course (ça discute, on s’entraide en cas de pépin) et après la course (on boit des bières en discutant de tout et n’importe quoi, mais surtout de ce qu’on vient de vivre).

Tous ces aspects en sont pas interchangeables. Les points (1) et (3) sont plutôt objectifs et mesurables. Les points (2) et (4) sont plus subjectifs.

Une manière de comprendre pourquoi les points (1)-(4) ci-dessus se retrouvent dans la tête de certains, c’est de voir le trail running comme un anti-marathon. Historiquement, il est possible que le trail running se soit développé en opposition aux joggings de masse urbains. En gros, la naissance du trail, c’est peut-être une bande de coureurs qui en ont marre des marathons organisés dans les capitales, et qui ont décidé d’organiser leurs propres courses loin des grosses machines. C’est quoi le marathon de Berlin ou de New-York? C’est une course à pied dans un grand centre urbain (donc qui demande plein de boulot  en amont avec la police et les autorités puisqu’il faut bloquer toute circulation), avec des dizaines de milliers de coureurs, obnubilés par leur chrono, plein de sponsors, des gros prize-moneys, une inscription relativement chère, des ravitaillements tous les 2-3 kilomètres, un service de secours hyper-présent, à plat pour favoriser les gros chrono etc… Donc l’opposé c’est une course à pied en milieu naturel et tout ce que cela implique en terme de terrain, avec pas trop de coureurs qui n’ont pas trop le chrono en tête, une organisation super light (peu de ravitos, peu ou pas de signaleurs), une ambiance pas trop compétitive pendant le course, et une vraie ambiance conviviale et festive après. Un trail quoi! Mais un trail un peu “anarchiste” dans son esprit.

Une chose qui apparaît aussi, c’est que beaucoup d’aspects décrits plus haut sont en fait interdépendants. Parce que cela se court en milieu naturel et qu’il y a peu de participants, il n’y a pas besoin de beaucoup de contacts avec les autorités (en ville il faut carrément fermer les routes, etc…). Parce qu’il n’y a pas beaucoup de ravitos et peu de signaleurs, et moins de travail de préparation en amont, la participation est peu coûteuse et il n’y a pas de sponsors. Parce que les conditions sont difficiles, il y a peu de participants. Parce que l’ambiance est sympa, on peut faire appel à des bénévoles et c’est pas trop cher. Parce que les participants sont peu orientés compétition (et plus convivialité et paysage) et que les participants sont autonomes, l’organisation peut être très light,  etc…

Les points (1) à (4) sont particulièrement interdépendants. Si vous avez 2000 coureurs, il va falloir une grosse organisation, cela va attirer les sponsors, l’argent et la couverture médiatique, et donc les coureurs intéressés par la performance. En prenant les choses par un autre bout, si les coureurs sont intéressés par la performance, ils voudront une organisation plus professionelle et cela va coûter plus cher et ce sera moins convivial.

Alors évidemment ces enchaînements ne sont pas automatiques, et il est possible de conserver une ambiance sympa et des prix bas avec 500 ou 1000 coureurs. Mais c’est évidemment plus difficile.

La vision betrail

Pour conclure, voici comment l’équipe Betrail voit les choses:

  • Une course à pied en mileu naturel est un “cross” ou une “course-nature” (les aspects géographiques ci-dessus).
  • Si on y rajoute l’aspect autonomie, nous considérons que c’est un trail.
  • Les points (1) à (4) sont optionels. Disons que plus ils sonts présents, plus on a affaire à un trail tendance “roots” ou “anarchiste” (des suggestions pour un terme plus adéquat?). La Barkley en est le parfait exemple, en opposition avec l’UTMB qui est probablement l’archétype du trail “moderne” ou “commercial”.

On attend vos commentaires!