Petit Périple au Pays des Cathares

Le compte-rendu de sa 4ème place au Grand Raid des Cathares par André Lindekens.
paysage carcassone

La prépa

Au mois d’avril, après le trail de la Bouillonnante, Bertrand, Sébastien et moi sommes à la recherche d’un ultra-trail pour cette fin d’année. Après concertation, nous décidons de faire un nouvel ultra en France, le grand raid des Cathares à Carcassonne, mi-octobre, 174 km avec 7800m de dénivelés. Objectif : plus ou moins 20e en 30 heures.

Les mois passent et après un 24h en Italie avec mon frangin, quelques trails et joggings, je commence ma prépa début septembre avec 2 trails progressifs, un de 36 km dans les ardennes belges avec mon ami Jéjé et le trail des terrils, 56 km, avec mon frère. Il me restera deux semaines pour relâcher.

Mardi 13/10, grand départ vers Carcasonne avec Audrey, Sébastien, mon frère Bertrand et ma compagne Martine. Avion, auto, resto, dodo.

Mercredi, nous décidons de faire un tour dans un magasin de sport où un client nous informe que le parcours sera relativement roulant. Afin d’en avoir le cœur net, l’après-midi, visite des châteaux sur le parcours : le château d’Arques où nous passerons deux fois (base de vie au 47e et 120e km) et le château de Payrepertus (77e km). Vu le paysage, ce sera loin d’être roulant…

Jeudi 15/10, après une bonne nuit de sommeil, lever à 8h du matin, bon petit déjeuner, retrait des dossards, retour à l’appartement, dîner et repos jusqu’à 13h. 13h30, dernière prépa et en route vers le départ à 1km de là. 14h15, allongés sur 1 banc, nos amis liégeois qui viennent d’arriver viennent nous faire un coucou. Ils seront sur le 90 km. On papote et l’heure du départ approche.

La course

14h45, nous rentrons dans le box de départ. Après un bref discours, le départ est donné.

Je me place dans les 15 premiers mais après 300m, un coureur me signale que mon sac coule. La fermeture de ma poche d’eau s’est déclipsée. Ca commence fort. Je repars et remonte progressivement le peloton.

Premier CP : lac de Chavayère : 6 km : 12e place. Je repars et accompagne Marcelin, un régional, grand favori de l’épreuve. Je papote un peu avec lui mais je sens que le rythme est trop élevé pour moi et je le laisse filer. Je reprends un espagnol juste avant le 2e CP.

Deuxième CP : Molière sur l’Alberte : 18km. Je suis bien et m’octroie juste 2 minutes de pause.

Troisième CP : Clermont sur l’Ouquet : 29 km. Toujours OK et après 2 km, je reprends 3 gars que je dépasse. 2 km plus loin, je retrouverai Hugo, un fan de 24h, on passe un bon moment, il me propose de faire un bout de chemin ensemble mais ne tiendra pas longtemps et me dit de filer.

Quatrième CP : Château d’Arques : 47 km. 8e place. Jusque là, le parcours fût relativement roulant (trail à la belge). J’y retrouve mon intendance (Audrey et Martine). Je me change, mange et prends des nouvelles de Séba et Bert. Et c’est reparti. 51e km, petit coup de mou. Je me fais rattraper et m’accroche. Tout doucement, je retrouve mon rythme, nous sommes trois. Les hostilités commencent. Longue descente empierrée, les chevilles commencent à faire mal. Une fois dans le fond, nous ne serons plus que deux.

Cinquième CP : Fourtou le Paregt : 57 km. Je suis accompagné de Baptiste. Nous repartons après un bref arrêt. Successions de bosses pour arriver au pied du château de Payrepertus. Grosse ascension style km vertical où ma moyenne est de plus ou moins 22 min au km.

Sixième CP : Château de Payrepertus : 77 km. Je rentre au chaud 10 min près des bénévoles. Petite soupe et pain. Je demande à Baptiste de m’accompagner mais il reste encore un peu. Je repars seul. Le parcours est de plus en plus dur. Les dénivelés se font ressentir.

Septième CP : Cubler sur Cynoble : 89 km. Bref passage. Je suis 7e. Ca grimpe de plus en plus vers le point culminant : le Pech de Bugarach, 1200 m d’altitude. La végétation disparaît pour être remplacée par de la roche. A ce moment, je croise un coureur qui fait demi-tour. Il s’agit d’un des favoris qui a gagné la course des Templiers en 2009. Il est tombé et doit abandonner. Je commence à me mettre en mode escalade et suis difficilement le balisage à cause de la nuit et du brouillard. A un moment, je pars sur la droite et après quelques mètres me retrouve à un mètre du précipice. Ouf, j’ai eu chaud. Je fais demi-tour et repars sur la gauche. 15m plus loin, grosse panique, ma frontale s’éteint. Le vent est fort (70 km/h) et le froid est glacial. Instinct de survie, je fais vite, tire mon sac, cherche la 2e lampe (avec les mains gelées, pas évident), ferme mon sac, le replace et me dépêche à gravir les derniers mètres qu’il me reste. La descente ne sera pas facile mais au moins je suis à l’abri du vent.

Huitième CP : Sougraigne : 109 km. Je suis 6e. Le jour est de retour. Je prends vite un café pour me réchauffer, et là je me dis, si tu veux bien finir, il faut te mettre en mode Cyrano (courir / marcher en continu).

Neuvième CP : Château d’Arques : 120 km. Je vais me reposer un peu. Je reprends des nouvelles de Séba et de Bert auprès d’Audrey et de Martine qui sont toujours là. Je préviens Audrey que Séba va avoir du mal au Pech de Bugarach. Je repars après 15 min toujours en 6e position. Les deux tronçons qui vont suivre (CP 10 jusqu’au CP 11) vont être très difficiles. Longues ascensions et descentes techniques, et entre, de longs chemins forestiers à perte de vue. Mais tout va bien.

Onzième CP : Greffeil : 143 km. Je suis 5e. Je me pose 10 min. Soupe aux pleurotes qui va me rester sur l’estomac et pain. Mais je repars et suis au taquet.

Douzième CP : Villefloure : 156 km. Je vois Marcelin dans une civière et sous perfusion. Je parle deux minutes avec, il s’est blessé et dois abandonner. Je suis 4e. A partir de ce moment, j’ai deux obsessions en tête, ne pas me faire reprendre et arriver avant la nuit. Ce petit tronçon est moins vallonné mais la fatigue se fait ressentir.

Treizième CP : Mont Jausse-Palaga : 163 km. Je suis toujours 4e. Un verre d’eau pétillante et je repars. Mentalement, ça devient très dur et courir est de plus en plus pénible. J’ai enfin Carcasonne en point de mire. Traversées de vignes, petits tape-culs et me voilà aux portes des fortifications. Il faudra en faire tout le tour, non di d’jou que c’est long. Séba qui a dû abandonner au km 120 après s’être blessé au tendon d’achille est là avec Audrey et Martine. Je suis 4e en 27h21. Les organisateurs me prennent directement en charge pour la photo et le contrôle anti-dopage. Ca rigole pas.

Après une bonne douche, je passe chez la Kiné, la dame me dit que mes jambes sont nickels par rapport à d’autres coureurs (vive Hoka). Je suis aux anges.

On va se coucher quelques heures avant d’aller accueillir mon frère à l’arrivée. Mais malheureusement, il stoppera au km 143 sur hypothermie.

Mais quand même chapeau à mon frère et à Sébastien d’être allés aussi loin.

Que dire de plus, balisage au top, rarement égalé, bénévoles super, comme d’hab en France.

Parcours en 3 parties : 40 km roulants, 70 cassants et techniques et la fin usante. Un trail pur jus.

Epilogue

Je tiens à remercier en premier le renard qui m’a accompagné en début de nuit : il passait d’un champ à l’autre, marquant des pauses. Moment de pur bonheur.

Plus sérieusement, toutes les personnes qui m’ont soutenu pendant mon parcours. SMS et FB ont chauffé.

Comme à mon habitude, l’inspiration m’est venue en courant :

La solitude du coureur de grand fond.

La ligne est là, le départ se fait.

Le temps s’écoule, le jour se couche.

La route est longue, mon corps et mon esprit ne font plus qu’un.

Me voici somnambule, à la recherche du bien-être.

Passant par monts et par vaux, tenu en semi-réveil par le vent et le froid.

Une bulle m’entoure.

La nature se met en éveil et le jour naissant, le soleil me brasse tout en douceur.

Mon mental prend le contrôle pour savourer ces derniers moments, passés avec toi…, oui, toi, solitude.

Je reviendrai te voir, promis.

Je passe la ligne d’arrivée et me voici de retour dans la vie.