Courses ultra-longues, courses à élimination : les belges se convertissent.

Ils sont nombreux les gens qui regardent l’ultra-distance avec perplexité voire avec jugement. Discipline inutile, dangereuse et douloureuse qui ne sert à rien si ce n’est à briller sur les réseaux sociaux en étalant ses performances. Que veulent ils ces vieux ados pour qui courir 20km ne représente pas un défi suffisant ?
Courses ultra-longues, courses à élimination : les belges se convertissent.-article-trail-belgique

(photo: M.V.D) Et pourtant ils sont de plus en plus nombreux en Belgique à s’aligner sur des distances folles dans des courses à la difficulté extrême.

Ce mois de mars la Belgique est le théâtre de 2 courses absolument folles. Le Legends Trail : 250km dans les forêts d’Houffalize sans balisage (500km en 2020) et « Le dernier homme debout » qui aura lieu le weekend prochain à Andenne et dont le principe est simple : une boucle de 7,3km et 280D+ à recommencer chaque heure, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

Alors je vous entends sceptiques que vous êtes : pourquoi ? Pourquoi ? Enfin pourquoi ? Et surtout pourquoi ? Et bien je vais tenter de vous répondre avec ma maigre expérience.

Avez-vous seulement la moindre idée de ce que représente la sensation qu’on peut éprouver en passant une ligne d’arrivée après des heures voire des jours de courses, quand votre apparence est celle d’un vieillard grabataire épuisé ? Avoir traversé, la douleur, la fatigue, le doute et voir votre pied pétrifié passer cette foutue marque arbitraire au sol ? Et vous assoir et contempler mentalement cette incroyable idée « je l’ai fait » ? Un torrent d’endorphine et de félicité mentale qui ne vous quittera pas pendant des jours.

Un effet communautaire également à ne pas négliger : on se lance dans cette folie à plusieurs. Cela crée des liens assez particulier. Quand vous passez une nuit à courir avec un gars qui a autant mal que vous et que vous vous soutenez mutuellement ça met une certaine ambiance.

Nouveauté dans ce paysage : les courses à élimination. Ici il s’agit de tenir et de re-choisir le départ encore et encore en se posant à chaque fois cette question fatidique : « suis-je encore capable de faire un tour ? » Et quand la réponse est « non » vient cette seconde question « oui mais est-ce que je ne suis pas encore en train de faire ma feignasse alors que oui je peux encore faire un tour ? ». C’est une bataille mentale de soi à soi. Il semblerait que ce nouveau type de course va se multiplier. En effet, il correspond à une nouvelle expérience que beaucoup d’entre nous veulent tenter : trouver sa limite.

La question ici n’est pas tant de pratiquer un sport pour maintenir la forme, garder la ligne, vivre plus longtemps et se sentir bien. Bien sûr tout ceci nous est donné en surplus. Mais il s’agit avant tout d’une quête de bien plus que cela. L’intervalle des sensations accessibles à l’être humain est bien plus large que la petite portion sur laquelle se déroulent nos vies de modernes. En sortant de notre zone de confort, autre chose apparait de très intense.  Ce n’est pas l’ivresse du vin, ce n’est pas l’extase des mystiques, ce n’est pas une expérience modifiée de conscience, ce n’est pas de l’héroïne mais ça n’est pas complètement étranger à tout ceci à la différence que courir est une activité saine et profitable dans le quotidien de l’entrainement.

Toi qui t’ennuie dans une vie ou le choix de la sécurité et l’absence de remous a rythmé tes choix, toi qui pensait que bien vivre c’était éviter les secousses. Toi qui te dit que tu n’as pas envie de t’emmerder plus longtemps à jouer la mélodie sérieuse du quotidien. Et si tu t’envoyais 100 miles dans les guiboles ? En t’entrainant correctement bien sur hein (faut pas déconner quand même ;-) )